21 décembre 2021

Prix du gaz en novembre : les prix élevés s’installent pour l’hiver gazier

Le mois d'octobre a été marqué par des soubresauts annonciateurs de la crise énergétique que nous vivons actuellement. Les prix avaient littéralement explosé en début de mois, flirtant avec les 115€/MWh avant de redescendre en deux temps jusqu'à 60€/MWh. Alors que nous sommes désormais bien installés dans l'hiver gazier, la situation en novembre s'est considérablement détériorée. La première partie du mois a connu des prix tournant autour de 70€/MWh et la seconde a vu les prix progresser jusqu'à 90€/MWh. Comment expliquer cette situation ? Le MaGAZine fait le point.

Le prix du gaz (spot) de novembre

Le premier jour de novembre fut le jour le moins cher du mois... Maintenant que nous avons annoncé la couleur passons aux explications. Tout d'abord, dès la première semaine de novembre il y a eut quelques difficultés côté approvisionnement avec une réduction des flux en provenance de Russie: Un gazoduc passant par la Pologne a été stoppé temporairement, les flux transitant via l'Ukraine ont été réduits et des réparations ont du être effectuées sur un gazoduc passant la Bulgarie. Résultat, 10€/MWh sur le prix de la molécule de gaz naturel.

Mais la Russie n'est pas le seul pays à livrer du gaz vers l'Europe... La Norvège a également connu son lots d'imprévus. Un incident sur un gisement a réduit l'approvisionnement depuis le pays de près de 20% le 12 novembre, ce qui a provoqué une réaction immédiate des marchés : 15€/MWh en plus sur le prix du gaz naturel. Dans ce contexte extrêmement tendu, où l'on peut difficilement se reposer sur nos stocks déjà bas pour la période, le moindre aléa se fait sentir très fortement sur les prix.

Sur la seconde partie du mois de novembre nous pouvions nous attendre à une légère baisse des prix en dépit de la baisse des températures, mais c'était sans compter sur l'annonce du gouvernement Allemand qui a déclaré envisager de geler la mise en production du gazoduc North Stream 2 en réaction aux tension à la frontière Ukrainienne. La possibilité de voir débarquer à court terme une source d'approvisionnement supplémentaire s'éloigne et il ne faut pas s'attendre à un déblocage rapide de la situation. Les marchés ont réagi en conséquence.

Les prix du gaz futur

Les prix en novembre du gaz livré en décembre (month-ahead) ainsi que les prix de Q1 2022 collent parfaitement aux prix spots. Pour retrouver des prix plus bas il faut aller regarder au delà de l'hiver gazier 21-22. A partir de Q2 et Q3 les prix oscillent entre 40 et 45€/MWh.

CAL 22 et CAL 23

Si on regarde à plus long terme, le prix pour se fournir en gaz pour toute l'année 2022 est plus élevé que les prix Q2 et Q3 2022. Et pour cause, il tient compte de l'hiver difficile que nous allons passer. Le CAL 23 démarre à 30€/MWh et connait une légère tendance haussière sur le mois (+5€/MWh).

Le prix du Brent

Le Brent (le prix du pétrole UK qui sert de référence en Europe) baisse de façon importante sur le mois. La raison à cela ? Les craintes que fait peser l'apparition du variant Omicron sur la croissance mondiale. A ce stade nous n'avions que très peu d'informations sur ses caractéristiques au delà du fait qu'il était très contagieux. Par ailleurs les Etats-Unis ont tenté de persuader les pays les plus consommateurs de pétroles de puiser dans leurs réserves stratégiques afin de réduire la pression sur les prix de l'or noir.

Le taux de change Euro-Dollar

Le taux de change euro-dollar a un impact sur les prix du gaz. Pourquoi ? Parce que le charbon s'achète en dollars et que le gaz naturel s'achète en euros. Du coups, lorsque le dollar est fort, le charbon est d'avantage utilisé pour produire de l'électricité, et le gaz moins. A l'inverse, un euro fort favorise une augmentation de la demande en gaz naturel via la production électrique. Cette logique est à relativiser dans notre contexte actuel où toute énergie est "bonne à prendre".

En Novembre, l'euro a perdu pas mal de terrain face au dollar du fait de bonnes nouvelles côté emploi outre-Atlantique, d'une inflation favorable ainsi que de la reprise de la pandémie de Covid-19 en Europe. En fin de mois, l'euro reprend du poil de la bête en raison d'un durcissement moins important que prévu de la politique monétaire aux Etats-Unis.

La température

En novembre les températures on tout d'abord tournées autour des moyennes maximales attendues sur cette période avant de se rafraichir bien plus qu'à l'accoutumée en fin de mois. Cela a exercé une pression importante sur la demande et contribué à maintenir les prix à un niveau élevé.

CO2 et Charbon

La demande en énergie est telle en ce moment qu'il ne faut pas se tromper, c'est bien le charbon (l'énergie la plus émettrice de CO2) qui tracte les prix de la tonne de CO2. Le droit à polluer gagne près de 20€ sur le mois. Face à ces niveaux de prix ainsi que face à la forte augmentation des prix de l'électricité le gouvernement a décidé de faire un geste à destination de l'industrie via la prochaine loi de finance. En novembre la tonne de CO2 a atteint un plus haut historique à 80€ la tonne (ce qui représente tout de même une hausse de 140% sur l'année !)

Le mois d'octobre nous avait alerté. Le mois de novembre est venu le confirmer. L'hiver va être difficile. Le prix du gaz va rester à des niveaux élevés au moins jusqu'à la fin de l'hiver gazier (fin mars prochain). A ce stade, le moindre aléa côté approvisionnement peut avoir des impacts très importants. Côté demande, c'est bien sur la température qu'il va falloir suivre. Donc cet Hiver, gardez un œil sur votre thermomètre ! Et pour le reste, il y a la Weekly, la Newsletter qui décrypte les prix du gaz. Vous pouvez vous abonner en cliquant ici.

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