24 juillet 2018

Focus sur le projet Nord Stream 2

projet Nord Stream 2
Le projet Nord Stream 2, un gazoduc sous-marin en mer Baltique qui relierait la Russie à l’Allemagne, fait couler beaucoup d’encre dans les médias depuis déjà 3 ans. Pourquoi ? Dans quel but est né un tel projet de construction ? Explications étape par étape.

Aux origines du projet Nord Stream 2

Tout a commencé après la réussite du projet Nord Stream, première conduite de gaz naturel reliant la ville de Vyborg, en Russie, à la baie de Greifswald, en Allemagne, en passant sous la mer Baltique. Gazprom a alors décidé de construire Nord Stream 2, suivant le même parcours. Un itinéraire qui fera transiter le gazoduc dans les eaux territoriales de 5 pays : la Finlande, la Suède, le Danemark, la Russie et l’Allemagne. L’enjeu : doubler la capacité de volume de gaz acheminé jusqu’ici avec Nord Stream 1, pour passer de 55 milliards à 110 milliards de m3 de gaz par an.

Nord Stream 1 : un projet titanesque

Le Nord Stream originel est un projet d’une ambition technique et humaine hors norme, qui a nécessité une dizaine d’années de réflexion. Dès 1997, l’objectif premier pour Gazprom et la compagnie finlandaise Neste est de diversifier les chemins d’approvisionnement du gaz reliant les parties orientales et occidentales de l’Europe. Quatre sociétés seront investies dans ce projet auprès de Gazprom : Wintershall (BASF), Nederlandse Gasunie, Uniper (ex-EON) et GDF Suez en 2010. En 2011, le premier gazoduc de 1 224 km est inauguré par Vladimir Poutine, après 7 ans de travaux.
D’ici 2035, l’Agence internationale de l’énergie estime que les besoins d’importations de gaz naturel en Europe augmenteraient de 80 milliards de m3, comparativement au niveau de fourniture de 2013. Construire un Nord Stream 2 tombe alors sous le sens pour les acteurs à la tête du premier projet. Dès juin 2015, l’annonce d’un projet Nord Stream 2 est faite au forum de Saint-Pétersbourg puis, 3 mois plus tard, un pacte d’actionnaires entre Gazprom, les allemands Uniper (ex-EON) et Wintershall (BASF), l'autrichien OMV, l'anglo-néerlandais Shell et le français Engie, est formalisé.

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Entre oppositions et approbations : où en est-on actuellement ?

En dépit de la sécurité technique du projet privé et de l’effondrement de la production gazière de l’UE, la mise en place du projet Nord stream 2 a été fortement retardée par différents acteurs politiques et économiques. Bien que ce projet de 9,5 milliards d’euros soit fortement soutenu par l’Allemagne, qui voit en lui des bénéfices économiques et commerciaux importants, certains acteurs de l’UE craignent un recul de l’indépendance énergétique européenne. D’autres redoutent encore une perte de redevances par l’absence du passage de l’infrastructure sur leur territoire. À l’été 2016, ce sont les objections de l’autorité de la concurrence polonaise sur le schéma économique de coopération du projet (joint-venture) qui ont causé un retard important sur son avancement.

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Gazprom, initiateur du projet et actionnaire à 51 %, et ses 5 partenaires gaziers ont réussi à trouver un compromis : la nouvelle structure du projet, Nord Stream AG, sera détenue intégralement par Gazprom, et les partenaires seront désormais actionnaires à hauteur de 10 % pour chacun d’entre eux. En mai 2018, les travaux préparatoires offshore pour la pose ultérieure du gazoduc dans la baie de Greifswald en Allemagne et en Finlande ont débuté après approbation des pays concernés. Dans la foulée, la Suède a donné son aval pour la construction du gazoduc dans ses eaux territoriales. Pour la mise en œuvre de la pose du gazoduc, 3 navires de la compagnie Allseas seront mis en action : le Pioneering Spirit, le Solitaire et l’Audacia. Le Pioneering Spirit, plus large navire au monde, possède des atouts inédits en matière d’installation de gazoduc avec une capacité de 2 000 tonnes en S-Lay, une usine de jointage, et 12 postes de soudure et de revêtement. Cependant, une autre opposition au projet a eu lieu fin juin 2018 dans l’espace européen. Le gouvernement danois a fait savoir qu’il désapprouve la pose du gazoduc dans ses eaux territoriales. Il prépare en parallèle une loi permettant de bloquer, ou a minima reporter la construction du tronçon danois du projet Nord Stream 2. Si cette information est confirmée prochainement, Nord Stream AG devra choisir une option pour ne pas retarder le projet. L’alternative la plus probable serait de faire transiter cette portion du gazoduc dans les eaux internationales au nord du Danemark.

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D’ici la fin 2019, le projet Nord Stream 2 sera mis en service pour faire bénéficier à l’Europe d’un approvisionnement sécuritaire. Mais cela, à condition que les oppositions au projet cessent et que des compromis soient trouvés. D’ici là, savez-vous comment la France assure sa sécurité d’approvisionnement ? Découvrez-le en vidéo !

Image à la Une : Nord Stream 2

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