[interview] Gaz vert & Garanties d’origine – Hielke Robert Oomens

Après avoir recueilli outre-Manche l'analyse d'Emma Slawinski sur le marché du gaz français, nous traversons cette fois les Alpes. Hielke Robert Oomens, trader en produits environnementaux chez Amsterdam Capital Trading, nous explique ce qu'est le gaz vert et le système de certification sur lequel il repose. Il nous en apprend également davantage sur les garanties d'origine qui en résultent.

Sommaire

Pour commencer, pouvez-vous présenter ACT ? Quelles activités de la société concernent la certification du gaz ?

Amsterdam Capital Trading est un des principaux négociants mondiaux dans le milieu des certificats d’énergies. Nous avons des bureaux à Amsterdam et à San Francisco, et nous aidons nos clients à atteindre leurs objectifs environnementaux et financiers. Nous travaillons avec plus de 2 500 sociétés : grands groupes industriels, institutions publiques et grandes entreprises. Grâce à un réseau développé par notre équipe internationale, nous proposons des solutions de portefeuilles personnalisés pour la compensation volontaire ou obligatoire. Présents dans plusieurs pays européens, nous travaillons sur le marché du biométhane depuis de nombreuses années. Nous rassemblons, sélectionnons, achetons et revendons du biométhane et des certificats biométhane à des entreprises productrices ou utilisatrices de gaz vert en Europe.

Qu’est-ce que le gaz vert ? Comment l’utilise-t-on ?

Le biométhane, connu également sous le nom de "gaz vert", est obtenu par un procédé appelé "digestion anaérobie". La digestion anaérobie est un procédé biologique naturel opéré par des bactéries en l’absence d’oxygène, par lequel la matière organique est décomposée en engrais stable, en eau propre et en biogaz utilisable. On enlève ensuite le CO2 des gaz ainsi produits pour obtenir du biométhane. Le biométhane est un mélange de gaz dans lequel le méthane est prédominant (> 97 %). Il a les mêmes caractéristiques thermiques que le gaz naturel. S’il est conforme aux exigences de qualité, le biométhane est propre à la distribution et est injecté dans le réseau de gaz naturel pour être ensuite utilisé dans les systèmes à gaz existants. Autrefois, le biogaz était utilisé pour produire de l’électricité. Avec un objectif européen exigeant en terme de chauffage écologique, d’électricité renouvelable et de carburants pour le transport, les producteurs de biogaz commencent à transformer le gaz en biométhane, et à l’injecter directement dans le réseau de distribution pour les ménages et pour l’industrie. Le gaz ainsi injecté supplante le gaz naturel "fossile", permettant de limiter les émissions de gaz à effet de serre. Tous les utilisateurs d’un réseau consomment du biométhane, mais la déclaration environnementale "verte" est achetée par les entreprises à la recherche d'une consommation énergétique plus "verte". Il y a deux utilisations possibles d’un certificat biométhane :

  • La démarche volontaire. On constate généralement trois types d'acheteurs volontaires :
    • Les grands consommateurs d’énergie (par exemple les industriels) qui souhaitent que tout ou partie de leur consommation soit "verte", pour des raisons d'image ou de durabilité.
    • Les fournisseurs, qui souhaitent que tout ou partie de leur offre soit "verte", pour des raisons d'image ou de durabilité.
    • Les fournisseurs qui souhaitent vendre du gaz vert à leurs clients.
  • L’entreprise se sert du certificat pour obtenir une subvention.
    • Une subvention relative au chauffage.
    • Une subvention relative au transport routier.

Est-il possible de s’assurer que l’on consomme exclusivement du gaz vert ? Comment ?

Une fois le gaz injecté sur le réseau, il n’y a aucune traçabilité possible. Pour suivre la quantité de biométhane injectée et encourager les producteurs, il faut émettre un certificat négociable. La Garantie Gaz d'Origine Renouvelable (GGOR) est l’équivalent de la Garantie d’Origine délivrée pour un projet énergie renouvelable. Il existe plusieurs types de certificats, selon le pays producteur.

Quel est le procédé de certification et quelles sont les garanties associées ?

Le biométhane est injecté par un producteur local qui doit obtenir l’autorisation des autorités locales pour démarrer la production, fournir le gaz puis obtenir les certificats. Les usines sont auditées et le certificat est délivré par les autorités locales, puis échangé par des négociants enregistrés. Le processus d’audit et de certification garantit qu’un certificat équivaut à 1 MWh injecté dans le réseau.

Pouvez-vous nous parler du marché du Certificat Vert ?

Parce que l’acheminement physique de biométhane n’est généralement pas viable économiquement, il est injecté dans le réseau. Comme pour l’électricité, il n’y a aucun moyen de suivre le gaz. Seul le certificat permet de contrôler la production et l’utilisation (déclaration environnementale "verte") de biométhane. De nombreux pays européens soutiennent la production de gaz vert.

Le système d’échange est-il similaire à celui des certificats blancs (CEE en France) ? Quelles différences y a-t-il entre ces deux systèmes ?

Le système du gaz vert n’est pas identique à celui des certificats blancs. La principale différence, c’est que les certificats biométhane sont généralement utilisés de manière volontaire, alors que les certificats blancs sont obligatoires. Dans certains pays, les certificats biométhane peuvent être utilisés pour demander des subventions. On peut supposer que l'utilisation volontaire de gaz vert est bien vue par les consommateurs, ce qui peut répondre à des problématiques d’image et de communication.